Phénomène Dahalo : Entre Insécurité et Révolte

  • samedi, 19 septembre 2015 11:16
  • Photo: Net

Il nous a fallu le décès de 9 éléments de l’armée et de la gendarmerie pour comprendre, qu’après l’opération de charme du Dr Kolo Roger avec les « dahalo niova fo », le phénomène dahalo revient et n’a pas encore été déraciné.

Pourquoi cette recrudescence ?

Nous avons posé la question à Didi Ratsimbazafy du réseau des journalistes fait-diversier et investigateurs. « Je trouve, en tant que journaliste ayant suivi pendant près de dix ans l'évolution de la chose, que depuis l'exportation illicite des bovidés vers les îles voisines ainsi que l’Asie, le phénomène a pris cette allure dépassant la simple dimension culturelle. Il faut dire que les vols de bovidés furent avant tout une culture dans le deep-south. Les actes du genre ont été indirectement acceptés par la population locale puisque c'est une pratique tout à fait normale. La loi de l'offre et de la demande oblige, elle est devenue juteuse et les mafias s'impliquent dans le business. Les résultats sont là : le phénomène dahalo prend de l'ampleur et les crimes se répètent... ». Pour le député de Madagascar élu à Ikongo, un district du sud-est de la Grande île, « cette recrudescence est causée par d’autres raisons qui dépassent aujourd’hui les questions sécuritaires ».


Comment pourrions-nous alors qualifier ce qui s’est passé à Ankazoabo et récement à Betroka ?

A entendre, Jean Brunelle Razafitsiandraofa, qui était commissaire de police avant d’être élu député, « La situation actuelle pourrait être le résultat d’un ras le bol de la population de la partie sud de la Grande ile». Si on continue sur sa théorie, la population du Sud, Sud Est et Sud-Ouest se sent aujourd’hui dépouillée de sa richesse. Voilà pourquoi, elle « se révolte ». Aussi de son point de vue, ce qui se passe dans le Sud actuellement ressemble bel et bien à une rébellion ou une révolte contre le système. Une hypothèse balayée par Didi Ratsimbazafy, qui à plusieurs reprises, a effectué des descentes dans les zones classées rouges, qualifie la situation actuelle dans le sud comme une perte de repère. « Dans le sud, on valorise les richesses des gens par le nombre de leurs bœufs. Via cette culture, il est rare qu'ils en vendent. Et pour renforcer leurs valeurs, ils volent des bœufs dans une autre circonscription. Cette pratique trouve une certaine réciprocité qu'elle a été acceptée d'une manière indirecte par les sudistes. Mais avec le business du trafic qui sévit actuellement, la culture a trouvé une autre dimension. De ce fait, je trouve que cette tuerie dans le sud est un signe de perte de repère culturelle. Il ne s'agit plus des phénomènes dahalo comme tout le monde l'a toujours compris... » explique-t-il, avant d’ajouter qu’à la lumière des évènements et connaissant la situation dans le sud, qualifier « ces actes comme des révoltes contre le pouvoir serait absurde ».

Stopper l’hémorragie

Peut-on dire que c’est juste un simple problème d’insécurité ? Devrions nous penser alors à une révision de notre politique sécuritaire ? Aujourd’hui « le phénomène commence à se nationaliser » analyse Didi Ratsimbazafy en se référant aux informations publiées dans les colonnes des faits divers. Pour ce fait-diversier, ce qui se passe aujourd’hui est « plus qu’un simple problème d’insécurité ». C’est « une culture détournée par les mauvais effets du business international » de bovidés. Aussi pour lui, des questions méritent d’être approfondies avec la situation actuelle. Comme la raison d’être de la Gendarmerie, qui est une structure copiée de celle de la France et celle de l’armée qui n’a qu’une mission : la défense opérationnelle du territoire, alors qu’aujourd’hui on parle de menaces asymétrique. « Il faut mettre en place un vrai concept de sécurité et de défense si l’on veut une harmonisation de la force publique » estime Didi Ratsimbazafy. Jean Brunelle Razafitsiandraofa, lui, juge qu’il est d’abord important « de stopper l’hémorragie », en arrêtant provisoirement l’exportation des bovidés de Madagascar. Mais le député de Madagascar élu dans le district d’Ikongo soutient « la nécessité d’instaurer une cohérence dans la prise de décision ». Afin de combattre ce phénomène, ce commissaire de police devenu membre de la chambre basse pense que « le Ministère de l’Elevage doit procéder au recensement des têtes de zébus sur le territoire, les chefs de district devraient procéder à la sécurisation, avant que le Gouvernement prenne une décision pour la reprise ou non de l’exportation des bovidés de Madagascar ».

En attendant les réflexions, le phénomène continue, des centaines de personnes deviennent des victimes collatéraux.

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