Opinion: Premiers regards sur l'élection du 7 novembre 2018

  • samedi, 17 novembre 2018 09:41
  • Britto
  • Photo Archives Net

Selon les premiers résultats de l'élection présidentielle de sortie de crise, le 7 novembre 2018, les électeurs ont réduit leur choix aux trois anciens Présidents de la République et Chef d'État ; comme s’ils voulaient clarifier le vote qu’ils n’ont pas pu exprimer lors de l’élection de 2013.

Cela a provoqué un violent choc émotionnel. Quant à l'Amiral, il s'est visiblement présenté, non pas pour revenir au pouvoir, mais pour saisir l'opportunité de faire passer son message : remettre dans l'ordre tout le système, avant d'organiser l'élection. Les candidats anciens Premiers Ministres, Ministres, cadres supérieurs et dirigeants d'entreprise ont subi les effets de ce besoin de clarification de la part de l’électorat. Désormais, la majorité des électeurs, composé des jeunes et des femmes, vont peser de plus en plus sur les scrutins à venir.

Par ailleurs, l’élection du 7 novembre a révélé que les grands partis de la première et deuxième République disparaissent. Nous entrons dans une période de rajeunissement de la vie politique avec l'arrivée de femmes et d'hommes nouveaux. L'ancienne élite sera remplacée par une nouvelle élite dont feront partie la plupart des candidats à cette élection de 2018. La nouvelle élite sera moins sensible aux questions idéologiques qu'aux problèmes concrets de l'amélioration des conditions de vie des Malagasy. Le temps est venu de réorganiser tout le système politique. L'actuel pluralisme désordonné donne une image négative de la vie politique. Or, rappelle Daniel Louis Seiler, « les partis politiques constituent le véhicule obligé de la démocratie. Leurs compétitions pour le pouvoir à travers le processus électoral en sont le pain quotidien ».

Si on revient à l'organisation électorale du 7 novembre, les anomalies de la liste électorale soulevées par les 25 candidats existent réellement. Cependant, et malgré des imperfections, selon tous les observateurs (UE, UA, SADC, OIF, Rohy/Transparency International, CNOE/Justice et paix/Liberty32), l'élection s'est déroulée « sans incidents majeurs ». Les anomalies n'ont pas visé un candidat ou favorisé un autre. Tel était l’état du terrain sur lequel ont joué les 36 candidats. Il faut tout de même souligner que ce document important qu'est le fichier électoral a été élaboré de façon artisanale, avec des moyens rudimentaires.

Reconnaissons à la CENI le mérite d'avoir assuré la transparence du processus électoral de l'élection du 7 novembre jusqu’à la publication des résultats des bureaux de vote. Maintenant, il est temps de faire un bilan du travail et du fonctionnement de la CENI depuis sa création. On avait retiré l'organisation électorale au Ministère de l'Intérieur, inféodé au candidat d'État. Il avait la compétence, mais pas l'indépendance. La CENI aurait-elle l'indépendance, mais pas suffisamment la compétence ? Comme l'élection est une expression de la souveraineté nationale, faut-il que son organisation revienne au Ministère de l’Intérieur, maintenant qu'il est tenu obligatoirement à l’impartialité ? Je pose la question : nous devons y répondre objectivement.

Enfin, l’issue du scrutin nous conduira-t-elle dans une impasse vers une nouvelle crise ? Dans une élection, il y a toujours un vainqueur. L'élection présidentielle de 2018 n'est qu’une étape dans la vie nationale. Elle n'est pas la fin du monde. J'invite le Président de la République élu à respecter le droit de ses opposants, ceux qui n'ont pas voté pour lui. Je demande aux 35 candidats et à leurs partisans d'accepter le verdict des urnes et d'agir dans le cadre défini par la loi.

Je remercie les 36 candidats pour leur engagement, exprimé durant la campagne électorale, au service de tous les Malagasy. Avançons ensemble. Nous avons déjà perdu trop de temps au détriment du développement de notre pays et du bien-être du peuple malagasy. Nos rêves de la relance économique ne peuvent pas se construire sur un terrain chaotique et instable, mais sur la base solide du vouloir vivre ensemble. Que Dieu protège la Grande Ile.

André Rasolo

Professeur de sociologie politique à l'Université d'Ankatso, et un observateur assidu de la vie nationale.

 

 

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