Honneurs et argent

  • jeudi, 31 août 2017 19:38
  • Britto
  • Photo Sobika

Ces derniers temps l’Armée a été fortement courtisée par le Président de la République. Il ne manque pas un moment que le chef de l’Etat ne se tarit pas d’éloges mais surtout de cadeaux à leur encontre, sans oublier des rencontres discrètes avec les hauts responsables.

Friands de complots et autres rumeurs, beaucoup de nos concitoyens véhicules des ragots sur l’existence d’éventuels putschs fomentés par des militaires, mais en réalité l’Armée Malagasy n’en est pas un spécialiste de ce type d’intervention, elle est plutôt la « grande discrète ». Ce n’est pas dans sa tradition de s’ingérer directement dans la vie politique nationale.

Depuis 1975, cette armée, un temps appelé « Armée populaire » (Tafi-bahoaka) ou « militants en uniforme » (mpitolona manao fanamiana), a été instrumentalisée par les politiques à travers les nominations d’officiers au sein du Conseil Suprême de la Révolution (CSR) durant la 2ème République (1975-1991). Sans oublier que le président de l’époque est issu de ses rangs.

Cette entrée des soldats en politique n’a été guère un succès car elle a conduit à la détérioration de la vie socio-économique du pays, beaucoup plus qu’à une avancée.

Même indirectement écartée de la conduite des affaires de l’Etat depuis 1991, elle est toujours présente discrètement: convention du Panorama en 1992, crise post électorale de 2002, événements de 2009. Sa présence est toujours déterminante.

Face à l’érosion de la vie nationale actuellement il n’y a rien d’étonnant à ce que les militaires ont leur opinion sur ce qui se passe et surtout certaines solutions à apporter. Leur mutisme ne signifie pas qu’ils sont sourds et aveugles mais certainement ils ne sont pas d’accord entre eux sur les manières d’agir.

Si le Président Rajaonarimampianina les caresse dans le sens du poil, c’est qu’il sent que certaines choses sont en train de bouger dans l’ombre alors mieux vaut aller au-devant des choses. D’autant plus que l’insécurité grandissante n’est pas là pour améliorer la situation surtout à quelques mois des élections. Le Chef de l’Etat est conscient, seulement maintenant, que l’échéance approche et qu’un éventuel report nuira définitivement à son image dans la scène internationale.

Est-ce déjà trop tard ? Pour bon nombre d’observateurs étrangers, l’administration actuelle est de plus en plus factice, car elle ne contrôle plus que les bâtiments administratifs ! Partout c’est l’anarchie et règne la loi du plus fort, sans oublier l’arrivée d’étrangers peu recommandables qui pensent que Madagascar est le refuge des pourris.

Le Chef de l’Etat cajole l’armée afin qu’elle daigne garder les ministères et protéger les ministres en cas d’émeutes. « L’Armée se doit d’assurer la paix et la sécurité de son territoire et de sa population pour un développement socio‐économique harmonieux » cette phrase résume le fond de la pensée du Président. En réalité ce point de vue n’est que du court-terme, le régime actuel n’a une véritable vision de ce qui est de la politique de défense nationale. Il se contente de faire une armée d’opérette en vivant des dons pour les fournitures de matériels et en regardant mourir les corps techniques (marine et aviation) avec comme leitmotiv les « manques de moyens financiers ».

Mais pour payer les régiments de généraux, on trouve toujours de l’argent sans oublier l’inégalité de traitement au sein même des militaires ! Ce dernier explique certainement l’insécurité croissante ces dernières décennies à travers les disparitions et locations d’armes afin de se faire du beurre.

Si le Président Rajaonarimampianina réclame de la « vaillance » de la part des soldats il faut qu’il soit l’exemple en tant que Chef suprême des Forces Armées, mais en réalité c’est loin d’être le cas.

« Ho an’ny Tanindrazana » (Pour la Patrie) cette devise de l’Armée est devenue un vain mot, depuis 32 ans elle est devenue « Argent et honneur » (vola sy voninahitra), on s’offre aux plus donnants même si ce sont des étrangers. Enfin la vraie grande muette c’est la majorité qui ne dit rien mais la nation attend d’eux des actes mais pas le silence synonyme de lâcheté.

Anonymous

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