Démocrature et démocrachie

  • vendredi, 23 juin 2017 12:35
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Pour les politologues occidentaux la démocrature désigne un système hybride que l’on voit se répandre un peu partout dans le monde: comme en Russie, au Venezuela, en passant par la Turquie et l'Asie centrale mais aussi en Afrique.

La démocrature mêle des éléments de la démocratie, comme la tenue d'élections plurielles, mais pour un parti unique avec un pouvoir autoritaire pour ne pas dire dictature comme le bolivarisme au Venezuela, l’AKP en Turquie, voire l’UMNO en Malaisie.

Ce néologisme est apparu vers le début des années 90 dans l’ouvrage de Max Liniger-Goumaz, économiste et sociologue suisse: La démocrature, dictature camouflée, démocratie truquée (1992). Il parle d’un régime avec toutes les apparences d'une démocratie (Constitution, élections, séparation des pouvoirs…) mais en réalité, fonctionne comme une dictature. Les dirigeants avec son administration, aidé ou non par des partis alliés, manipulent les institutions et les médias afin de perpétuer leurs pouvoirs.

Alexis de Tocqueville espérait l’universalisation obligée de la démocratie et rien n’autorisait de croire à une usure du « pire des régimes à l’exception de tous les autres », comme disait Churchill. D’autant plus qu’au cours des dernières décennies du XX° siècle, les dictatures de tous bords tombaient, un peu partout dans le monde (L’Afrique du Sud avec la fin du régime de l’Apartheid, les pays d’Europe centrale avec la chute du Mur de Berlin, Amérique Latine avec la fin des dictatures militaires au Chili, Argentine et Brésil), alors comment ne pas croire à cet universalisme.

A la seconde décennie du XXI° siècle, les « Printemps arabes » de 2011 avaient provoqué une profonde aspiration d’espérer la démocratie s’implanter durablement au Proche et Moyen Orient.

En fait, le style de régime qui est dans l’air du temps, ce n’est pas la démocratie, mais la « démocrature » et ses implications avec la montée du populisme vu dans les élections passées et à venir. La démocrature se différencie des formes anciennes du totalitarisme ou des dictatures classiques, parce qu’elle prétend « rendre la parole au peuple », détenue jadis par les « élites défaillantes » et en évitant la négociation et le consensus à l’origine même de l’idéal démocratique.

Il y a quelques mois, Donald Trump, encore candidat, n’a pas hésité à flatter Vladimir Poutine, assurant qu’il était beaucoup plus respecté qu’Obama. D’après Nina Khrushcheva, professeur d’étude internationale, interrogée par le New York Times, Poutine et Trump partagent la même vision du leadership: autoritaire et coriace. “Trump aspire à être un leader ferme, capable de tenir tête aux grands de ce monde”, note Khrushcheva.

En Afrique et surtout à Madagascar, depuis 2013, la démocrature prend une forme encore plus aliénée: démocrachie. Cette dernière est un mixage de la démocratie (Constitution, élections, séparation des pouvoirs…) et d’anarchie !

Afin de recevoir les aides des bailleurs de fonds occidentaux (UE et USA) qui réclament la mise en place d'un régime « démocratique », les politiciens africains et malagasy s’érigent en défenseur de l’Etat de droit. Ce système leur permet de contrôler l’appareil judiciaire pour faire des simulacres de procès afin de mettre à l’ombre leurs adversaires, car dans leur application de l’Etat de droit, l’essentiel est de faire passer les personnes devant des juges qu’ils mettront sous pression.

De leur côté, la population constate que démocratie rime avec anarchie, ces derniers jours les actualités illustrent ce type de représentation, lynchage populaire, vols d’organe, sectes chrétiennes à pratique pornographique… que sais-je encore.

Démocrature, démocrachie, les deux sont des enfants de la DEMOCRATIE. Mais cette dernière est-elle si idéale que ça ? A regarder de près, le parcours du président du Mouvement démocrate (Modem) en 35 ans de carrière, faire de la politique se définit comme étant seulement l’art de la survie et comme faire pour devenir « président de la république ». Il n’a pas hésité à changer d’opinions comme on change de chemise. On se demande même s’il ferait mieux que nos caciques politiques à Madagascar?

Rien d’étonnant à ce que certains détracteurs des politiciens de conviction (comme Simone Veil) le traitent de « pire de tous » et d’ « imposture », car durant trois décennies il n’a cessé de surfer sur des vagues d’idées plus ou moins saugrenues afin de se distinguer des autres.

En trois tentatives aux présidentielles (2002, 2007 et 2012 ) qu’il a complètement raté, cette année il a préféré dès le départ soutenir Emmanuel Macron ce qui lui a valu le poste de Ministre de la Justice qu’il a tenu ….un mois à peine. Il a dû démissionner car son parti est empêtré dans une histoire d’emplois fictifs. Le porteur du projet de la « moralisation de la vie politique française» devient l’arroseur arrosé.

Cet exemple nous éclaire sur la mise en pratique de la démocratie dans des pays qui se veulent aux normes. Pour des pays comme Madagascar et l’Afrique sub-sahélienne, de telle attitude de girouette en politique est habituelle surtout pour la survie financière et matérielle, plus on dure, plus on peut se mettre plein la poche !

Evidemment on met un peu la forme pour dire qu’on est dans un Etat de droit en suivant « à la lettre » la démocratie avec le respect des calendriers électoraux dont les résultats sont connus d’avance. La HCC dans la poche des dirigeants, la CENI, organe parasite du ministère de l’intérieur, poste détenu par le premier ministre même.

De l’autre côté la population dans une pseudo-liberté en se livrant dans des tapages radiophoniques afin de détourner leur regard sur les vrais problèmes les affectant.

Mais en 2018, qui veut perdre les élections? Chacun se targue de passer dès le 1er tour. Une crise post-électorale en vu? Pire qu'en 2002? Peut-on laisser les "démocraches" dirigeant actuel de l'organiser à lui seul?

Finalement démocrature, démocrachie et démocratie ne sont là que pour leurrer une nation surtout quand celle-ci est peu avancée intellectuellement.

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