Résau « Françafrique »: Contesté et/ou passé au privé

  • dimanche, 03 février 2019 14:28
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L’Etat du Sénégal a été connu depuis longtemps comme étant un des bastions de la « Françafrique » sur le continent noir. Les relations entre le France et cette ancienne et vieille colonie demeurent au même rythme que dans les précédents siècles et ce invariablement qui que ce soit le président de ce pays d’Afrique de l’ouest.

Mais voilà depuis quelques mois s’élève une voix celui de Thierno Allasane Sall, le ministre « limogé/démissionnaire » (selon le point de vue de chacun) de l’Énergie et du Développement des énergies renouvelables qui a refusé d’attribuer à Total SA un bloc offshore.

Pour ce technocrate et homme politique, appartenant au même parti Alliance pour la République(APR) que Macky Sall, l’actuel chef de l’Etat, le contrat avec Total, que ce dernier a signé, est contraire aux intérêts nationaux. Pour l’ancien ministre chargé de l’énergie, la compagnie pétrolière française n’arrive qu’au 5ème rang, bien loin derrière d’autres sociétés en matière de manifestations d’intérêt.
Mais voilà, elle a dépassé toutes ses concurrentes.

Pour Thierno Allasane, Total SA a fait pression sur le numéro 1 sénégalais. Selon lui, la compagnie pétrolière française est prête à tout: « Ils sont prêts à te faire la guerre, un coup d’Etat, ou à lever toute une rébellion pour imposer un contrat. Car ils ne veulent pas s’aligner sur le marché comme les concurrents. Ils imposent leur deal et si tu ne veux pas, tu dégages. Tant pis si le concurrent te propose un deal beaucoup plus avantageux ; ta matière première c’est pour eux ».

Ailleurs cela n’aurait guère surpris mais au Sénégal, Etat inféodé à Paris, cela a crée l’étonnement général. Patrick Pouyanné PDG de Total a démenti d‘avoir fait une quelconque pression sur l’administration sénégalaise. Qui croire dans cette affaire ? Le technocrate Thierno Allasane Sall, ingénieur diplômé de Tunisie ou le polytechnicien Pouanné ayant fait carrière dans les compagnies d’hydrocarbures métropolitaines.

On peut penser que Thierno Allasane a acquis une certaine mode de pensée durant son séjour d’étudiant en Tunise (école des ingénieurs ou polytechnique) car ce pays du Maghreb a conquis son indépendance par un combat politique, contrairement aux pays africains à qui on a « octroyé » leur autonomie. Durant sa carrière professionnelle il a certainement mûri un sentiment patriotique osé. Ceci explique son refus de laisser une compagnie française à faire la loi dans son pays.

De l’autre côté, habituée à forer en Afrique, on est tenté de penser que Total SA n’a aucune envie de partager avec d’autres compagnies sa mainmise sur l’exploration pétrolière dans les ex-colonies, d’autant plus qu’elle a fusionné en 2000 avec Elf Aquitaine. Cette dernière a été connue d’avoir participé, pour ne pas dire financer des « coups d’Etat » en Afrique, donc elle a du passer son « expérience » à Total SA.

Toujours est-il que les compagnies originaires de l’ancienne métropole ne veulent en tout cas être doublées et battues par des adversaires, même issues de pays de l’Union Européenne (UE), voire de l’Amérique du nord.

L’administration Ravalomanana l’a appris à ses dépens avec Ambatovy, Rio Tinto,…Même si pour avoir à organiser le sommet de la Francophonie en 2010, elle a cédé à Total SA le gisement de Bemolanga, cette gesticulation n’a pas empêché sa chute.

La France n’agit plus directement, la Françafrique a changé de forme, elle est devenue un réseau de compagnies privées dont Total SA n’est que la partie immergée de l’iceberg.

« Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15ème puissance économique mondiale, alors qu’elle est parmi les premières, grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique » déclara Luigi Di Maio, vice-président du Conseil des ministres italien, il estime que cette exploitation force les Africains à quitter le continent.

« Les Africains devraient être en Afrique, et non au fond de la Méditerranée" continua-t-il. Même si ce sont des paroles d’un politicien d’extrême droite, ils méritent réflexion pour nos intellectuels et décideurs politiques.

En cette période dite de « mondialisation » sur fond de libéralisme dans les échanges, la Françafrique est bien vivante en changeant d’identité sous formes de compagnies privées.

Anonymous

 

 

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