King Maker et “serial killer politique”

  • mardi, 07 août 2018 16:19
  • Anonymous
  • Photo Archives Gasypatriote

Les faiseurs de roi (King Maker) ont toujours existé à Madagascar, et ce depuis des lustres. Au temps des monarques (Ampanjaka, Andriamanjaka), ces souverains ont toujours été entourés de mpanolon-tsaina (conseillers), constituant leur cour dans leurs palais, entourés de palissade (Rova).

Au retour de l’indépendance entre 1958-60, ce mode de gouvernance est revenu, les présidents de la République s’entourent d’une cohorte de conseillers: techniques, politiques et autres énergumènes, formant un groupe qui fait la pluie et le beau temps.

Ce qui fait dire aux Malagasy cet adage, “ce n’est pas le Chef qui est mauvais mais son entourage”, (tsy ny filoha no ratsy fa ny manodidina azy).

Depuis plus de 2 décennies, un King Maker agit dans l’ombre, en exerçant une influence certaine sur les décisions dans la haute sphère de la politique.

Membre de l’AREMA durant les “années rouges” Didier Ratsiraka, cette éminence, magistrat de formation, commence une entrée fracassante, durant l’époque de Zafy Albert en 1991 qui l’a nommé à la tête de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), avant d’être son premier ministre et qui assura l’intérim présidentiel après l’empêchement du Chef de l’Etat Zafy Albert, par l’Assemblée nationale en 1996.

Mais selon les termes de la Constitution, est-ce lui qui devait assurer la transition ou le président de l’Assemblée Nationale qui n’est autre que le révérend Richard Andriamanjato ?

Car en validant la déchéance du Prof, la HCC désigne contre toute attente le premier ministre Ratsirahonana, comme “Chef d’Etat par intérim”.

Ce fut probablement un “coup d’Etat judiciaire”, le 1er du genre, mais qui servira de modèle pour la suite.
Durant ses quelques mois d’interrègne, il amadoua surtout les fonctionnaires en appliquant la “politique alimentaire” en les octroyant quelques faveurs: acheter leur logement de fonction, amélioration des soldes,…

Dans la perspectives des élections présidentielles de l’époque, il fonda son propre parti: l’Asa Vita Ifampitsarana (AVI), c’est-à-dire “Jugez nous par nos œuvres”, et il pensa ainsi gagner ces élections grâce à l’administration, la HCC et le soutien d’hommes d’affaires, surtout un certain Marc Ravalomanana.

Mais ce fut un flop retentissant, à l’exception d’Antananarivo, le faiseur de roi n’en menait pas large et ne gagna que 10% des voix au 1er tour, c’est-à-dire à la 4ème place !!!

Le pasteur Richard Andriamanjato, occupe la 5ème position.

Au 2nd tour, il soutient Zafy Albert qui a perdu de peu face à Didier Ratsiraka.

Mais notre homme n’a pas dit son dernier mot, en laissant tomber le Professeur, il va jeter son dévolu sur son sponsor Marc Ravalomanana qui, sans parti politique, va être élu édile de la capitale en 1999, avec les conseils et soutiens de notre King Maker national.

Et 2 ans après, lors des élections de 2001, il est parvenu à “éliminer l’Amiral” en faisant élire Ravalomanana comme président de la République, en profitant du charisme de ce dernier.

Pour certains ce fut son 2nd coup d’Etat.

Malheureusement, ses espoirs de devenir premier ministre, ou à la rigueur, président du Sénat furent vaines, il est nommé “ambassadeur itinérant” du président Ravalomanana, alors notre homme dans l’ombre prépara sa revanche.

Il recommença à porter son choix sur un jeune homme sans expérience, Andry Nirina Rajoelina, pour les élections municipales de 2007, et comme 8 ans auparavant il a réussi son coup !

Ce fut la première étape d’un coup d’Etat qui 2 ans après amena le maire de Tana à la tête d’une Transition durant 4 ans (2009-2013), ce fut le 3ème coup d’Etat en éliminant cette fois-ci son ex-allié Ravalomanana.

Alors notre King Maker s’est donc transformé en serial killer politique ?

En 2013, sans aucun choix, il laissa tomber Andry Rajoelina victime du NI - NI de la communauté internationale, il apporta son soutien à Hery Rajaonarimampianina dont il devient un des conseillers.

Mais face aux nombreux courtisans de l’expert comptable, il s’éloigna de celui-ci et rejoint de nouveau le camp d’Andry Rajoelina.

Entre temps, il a changé le nom de son parti AVI ( Ankaikin’ny vahoaka Indrindra), « Au plus près possible du peuple », mais qui perd de plus en plus d’audience du fait des changements de braquet de son patron.

Et voilà que notre King Maker a de nouveau repris discrètement du service, tout en gardant un silence radio le plus complet. Il est certainement derrière les derniers évènements depuis quelques mois, comme la perte partielle par Rajaonarimampianina d’une partie de son pouvoir au profit d’un premier ministre proche d’Andry Rajoelina.

Une chose est sûre, il vient d’éliminer l’actuel chef de l’Etat qui est sa 4ème victime.

La question qui se pose, soutiendra-t-il Andry Rajoelina ou jettera son dévolu sur un autre comme le fils d’une de ses anciens lieutenants parmi les fidèles : Paul Rabary ?

Anonymous

 

 

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