Trop bon, trop con: Le pardon facile

  • mardi, 12 décembre 2017 15:37
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  • Photo Archives Sobika

Les Malagasy ont toujours été connus vis-à-vis des étrangers pour leur gentillesse et amabilité. Depuis le milieu du 17ème siècle, du temps de Flacourt, dans la région de Fort-Dauphin, jusqu’au temps de la Colonisation, 2 siècles plus tard nous sommes des gens foncièrement bons, facilement « impressionnables » d’après Joseph Gallieni. Il semble bien que c’est notre comportement de base depuis nos origines.

Est-ce la conséquence de notre longue histoire tragique ? Probablement en partie, car nous avons souffert de déplacements forcés à plusieurs reprises: migration forcée depuis les rivages sud de Bornéo aux déplacements dus aux pillages, conséquences de la traite des esclaves initiée par les commerçants de la côte orientale de l’Afrique et des traitants européens majoritairement Français installés aux Mascareignes (Réunion, Maurice, Seychelles).

Malheureusement « le politiquement correct » nous empêche d’aborder ce pan réel de notre histoire. L’arrivée des missionnaires anglo-saxons, il y a 200 ans, sont venus nous apporter l’Evangile afin de « sauver nos âmes » en nous parlant de « pardon et d’amour » quitte à « aimer nos ennemis ».

C’est à cette époque que naissait le « fihavanana » (amitié, solidarité) reconnu comme « valeur ancestrale malagasy » comme l’est aussi le « malabary », costume traditionnel, en réalité imposé par Galliéni durant son pro-consulat (1896-1905). Notons qu’il l’imposa à ses domestiques et à ses musiciens !

Mais en partie aussi, les Malagasy ont une disposition psychologique à accepter leurs conditions avec fatalité. Comme dans le monde animal, celui des humains fonctionne selon la règle de la « chaîne alimentaire » avec d’un côté les prédateurs et de l’autre les victimes, le « darwinisme social » en est la parfaite explication malgré le refus catégorique des Français du simple fait que Charles Darwin est un anglais ! Ceux ayant une civilisation matérielle plus avancée dominent toujours ceux qui le sont moins.

Nos maximes disent « tsy tànana andrangotra, tsy tongotra hanipaka » (pas de mains pour griffer ni de pieds pour donner des coups) mais aussi d’angoisses tels que « raha maty aho matesa rahavana »(si je dois mourir que mon parent meurt d’abord) reflètent ce sentiment d’impuissance et de résignation.

De leurs contacts avec certains Britanniques, nos ancêtres nous ont légué un « pacifisme » malsain, caractéristique de quelques Anglais et l’esprit « parvenu ». Ces deux attitudes ont totalement anéanti toute dynamique de groupe au sein de notre nation.

Le résultat actuel est dramatique, Les Malagasy sont résignés devant les manipulations des prix faites par les étrangers qu’ils soient individuels ou des sociétés : hydrocarbures (à la pompe) denrées de première nécessité comme le riz,… Tout apparaît hors de portée de la majorité alors on interdit donc aux Malagasy de fêter la fin d’année comme il se doit.

Les Malagasy acceptent leur sort parce qu’ils pardonnent facilement ? Peut-être qu’ils ont inclus dans leur mode de pensée cette façon d’interpréter le Nouveau Testament « Jésus n'a souffert qu'une seule fois pour nos péchés, cela doit inclure ceux aussi qu'on fera dans l'avenir, c’est-à-dire nos péchés commis 2000 ans plus tard, comme il avait souffert pour les péchés des lecteurs de la lettre de Pierre, commis 30 ans plus tard ».

En fait ce n’est qu’apparence, un aspect positif de notre caractère est la patience car pardonner ne signifie pas oublier. C’est notre patience qui nous a permis de survivre à travers les drames qu’on a traversé depuis 1300 ans.

En tant que descendants de bons chasseurs forestiers et excellents pêcheurs ils ne contrent pas les bêtes féroces mais ils les usent afin de les fatiguer pour en disposer.

Trop bon, trop con n’est qu’un leurre car si nos responsables passés comme futurs se mettent à 4 pattes devant les bailleurs de fonds afin de manger une partie de l’aide dite « internationale », la majorité commence à atteindre le seuil de la tolérance avec les irruptions ici et là, des justices populaires où le pardon ne figure plus.

Anonymous

 

 

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