RépubliqueS fantocheS

  • lundi, 30 octobre 2017 08:05
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Depuis 57 ans les Malagasy ont vécu le retour de leur indépendance et souveraineté pour ne pas dire 59 exactement en comptant la date du 14 octobre 1958 avec la naissance de la Première République dénommée République malgache.

La «République» est «un système politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir politique directement ou par l'intermédiaire de représentants élus. Ceux-ci reçoivent des mandats pour une période déterminée et sont responsables devant la nation», telle est la définition exacte du terme République. Tous les Malagasy la comprennent-ils de cette façon?

Certainement pas, pas plus que la notion de «souveraineté» (fiandrianana), qui est le «principe de l'autorité suprême. En matière de politique, la souveraineté est le droit absolu d'exercer une autorité (législative, judiciaire et/ou exécutive) sur une région, un pays ou sur un peuple».

Ces incompréhensions vis-à-vis de ces deux termes expliquent les dérives et dévoiements provoquant la faillite générale de l’Etat.

Ces deux concepts apparaissent comme opposés mais dans notre époque moderne ils sont complémentaires dans le cadre de la «démocratie» qui est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu'il y ait de distinctions dues à la naissance, à la richesse, à la compétence... (principe d'égalité) ».

Or ces deux concepts ont été connus par les Malagasy durant leur histoire, vieille d’un millénaire et trois siècles ! Certaines régions vécurent sous des régimes s’apparentant à des républiques comme sur la côte est, la dénomination de Betsimisaraka est née sous la volonté des populations de Sambava à Mahanoro de se réunir sous des bannières communes afin de faire face à leurs ennemis communs qu’ils soient les pirates européens ou les trafiquants d’esclaves.

D’autres comme les Bezanozano, Sihanaka ont choisi cette option en élisant leurs chefs (filoha).

Ailleurs les dèmes (groupes issus d’ancêtres communs) sont dirigés par des rois dont les ordres de succession sont arrangés (arindra) selon les besoins socio-politiques.

Mais la réalité est différente, sous la pression du trafic humain ayant sévi dans la Grande île durant 800 ans (du XXIème- XIXème siècle), les mentalités ont été marquées par ces dures épreuves: déplacements, changements fréquents de territoires, disparition d’une partie de la famille, famine,… sans compter les aléas climatiques rendant précaire la situation socio-économique.

Un adage ancien dit que «le chef ou roi est l’époux de son peuple», c’est-à-dire un protecteur et pourvoyeur de bienfaits pour ses subordonnés ou sujets, malheureusement il s’est avéré que ce mari et père (Dada) n’est qu’un tyran domestique qui n’hésite pas à s’en prendre à sa famille comme l’on fait des rois d’Ambohidratrimo et d’Antananarivo au XVIIIème siècle qui n’hésitèrent pas à vendre leurs sujets pour voler leurs biens et éliminer ainsi des opposants politiques aux marchands d’esclaves français ou arabes, via Foulpointe et Mouzangaye (Mahajanga) ! Sans oublier les royaumes de l’ouest (Menabe, Boïna et nord-ouest) qui s’enrichissaient des économies d’échelle basées essentiellement sur le commerce de bovins et d’humains vers l’Afrique, le Moyen-Orient et les Mascareignes (Réunion, Maurice et Seychelles).

Andrianampoinimerina en 1778 (non en 1787), en prenant le pouvoir à Ambohimanga, a mis fin à cette dérive qui a failli faire disparaître la nation malagasy en inversant la tendance en réunifiant d’abord les Merina d’Imerimandroso (au bord de l’Alaotra) à Imerinamady (région Mania) et de Beforona (à l’est), à Analavory (à l’ouest), et face à la sécurité qu’il apporta à ses sujets face aux pillards (fahavalo et dahalo), les autres populations cherchèrent sa protection et cela continua sous le règne de son fils Radama qui devint le souverain de Madagascar avec comme mission de mettre fin au trafic d’esclaves frappant les Malagasy.

Malheureusement, dès le règne de Ranavalona Ière (1828), les abus réapparurent et ils vont en s’aggravant jusqu’à l’apparition de la Colonisation.

Pour les Malagasy, l’Etat est représenté comme quelque chose d’opprimant, les corvées de jadis sont mal vécues malgré les grandes réalisations (digues, rizières de Betsimitatatra) sans oublier les campagnes de sécurisation de Radama qui ont prélevé des milliers d’hommes dont 75% sont restés hors de leurs régions d’origine.

Pour la majorité, les dirigeants œuvrent non pour le bonheur de la nation mais pour leur propre renommée.

Les échecs des différents mouvements de libération (Menalamba, VVS, 1929, 1947, 1972 voire 2002) ont laissé des goûts amers à la fois chez les Malagasy mais aussi chez les élites qui commencèrent à perdre confiance et finalement n’arrivent plus à représenter la majorité.

Quand Madagascar a recouvert sa souveraineté en 1958-1960, les mauvaises habitudes d’autrefois ressurgirent petit à petit. A partir de 1972 et surtout 1975, certains comportements que l’ont cru effacer par le temps réapparurent dans le cadre du socialisme de la 2nde République dite «démocratique».

L’échec de cette république est dû à l’usurpation de l’histoire, d’autant plus que la plupart de nos intellectuels et responsables sont marqués par ce type de «parvenus anglo-saxons» introduits par les Britanniques au XIXème siècle.

Trop occupés par leurs apparences, ils sont sensibles aux rumeurs et à la course aux avantages aggravant encore plus les comportements hérités de leurs aïeux en coupant définitivement les ponts avec le monde rural.

Plus dramatiques encore ce genre de parvenus emmènent avec eux orgueil, mesquinerie et vanité entraînant une jalousie maladive conduisant à la destruction des biens d’autrui que l’on envie.

Les Malagasy sont-ils des monarchistes ? La réponse est non, d’un côté, il y a la majorité habituée à être protégée passe son temps à quémander ses droits (omeo, omeo…) et oublie ses devoirs et obligations alors qu’elle est le patron de la souveraineté et elle applaudit quand des miettes lui sont jetées.

De leur côté, les dirigeants, qu’ils soient élus ou nommés (ministres, chefs de région,…), au lieu de faire leur boulots et prendre leurs responsabilités se vantent de leur situation comme ce conseiller de la Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA) que d’ «un coup de sifflet les ordures seront ramassées», mais qu’attend Mr le Cow-boy tout ce temps pour faire le travail qu’on attendait de la mairie: nettoyer la capitale.

Finalement les rôles sont inversés, le souverain (peuple) mendie au lieu de contrôler, les chefs agissent à leur guise en amassant des richesses en peu de temps.

Les Malagasy ne sont pas des monarchistes mais des anarchistes. Rien d’étonnant à ce que les républiques successives soient des «fantoches», c’est-à-dire des «marionnettes articulées, mues à l'aide de fils. Des personnages falots qui se laissent mener par les autres», les bailleurs et autres puissances occidentales.

Ce sont aux élus et responsables nommés de rendre compte de ce qu'ils ont fait, et non pas l'inverse. La population n'est pas à quémander, et les dirigeants ne doivent se vanter qu'ils ont effectué le peu du mandat qu'on leur a confié. Ce sont ses obligations et non pas ses exploits.

Et tant que les Malagasy ne comprennent pas qu’ils sont souverains et ne jouent pas leur rôle, leurs terres finiront entre les mains des étrangers vendues par ces dirigeants fantoches.

Anonymous

 

Commentaires (26)
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