Le mythe anglais

  • lundi, 11 septembre 2017 14:11
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Les communications concernant la récente visite du Président Hery Rajaonarimampianina en Grande–Bretagne ont fait une certaine unanimité comme si personne ne trouve à dire sur nos relations bicentenaires avec ce royaume.

Il est évident que le passage des Anglais à Madagascar durant le 19ème siècle a laissé des traces ineffaçables dans la mentalité et les valeurs des Malagasy. Parmi celles-ci figurent notre attachement sans faille à l’éducation, ce sont les missionnaires anglais de la London Missionary Society (LMS) qui ont transcrit la langue malagasy en caractères latins remplaçant en moins de deux ans (1818-1820) l’ancien sorabe, celle en caractères arabes en provenance du sud-est.

Sans compter qu’en 12 ans de présence anglaise seulement, Antananarivo et ses environs possédaient plus de 3000 élèves sachant lire, écrire faire de l’arithmétique. L’Angleterre a été le premier pays européen à accueillir des étudiants malagasy pour leur donner des formations administratives et techniques et même plus tard des médecins.

Mais vers la fin du 19ème, suite à la Conférence de Berlin durant laquelle l’Europe se partageait l’Afrique, Madagascar a été « échangé » avec Zanzibar par l’Angleterre et nous avons vécu pendant 65 ans les affres de la colonisation française.

Les apparences font réalités, mais beaucoup ignorent les faces cachées et autres conséquences néfastes qu’ont pu avoir la présence britannique à Madagascar durant son quasi-monopole entre 1818-1835 et 1861-1895. Peu d’entre les Malalagasy ont su que la LMS représentait les Protestants Congrégationalistes qui sont des républicains et minoritaires en Grande-Bretagne en plus d’être des pacifistes. Ces missionnaires font partie des premiers abolitionnistes de la traite des esclaves où qu’elle se trouve (Amériques-Caraïbes, Afrique occidentale et orientale), tout en répandant les Evangiles, leur principal combat fut de lutter contre le commerce des esclaves. Le point culminant fut atteint quand l’un des leurs, Robert Townsend Farquhar a été nommé Gouverneur de l’île Maurice en 1814. Ce dernier est déterminé à mettre fin au trafic des esclaves et après des multiples tentatives de son agent le capitaine Bibye Lesage afin de trouver des alliés sur les côtes de Madagascar, il se tourna vers le royaume merina sous le conseil d’un vieux traitant habitué à Madagascar Nicolas Mayeur. Ainsi est né son accord avec le roi Radama Ier par l’intermédiaire de Lesage et Chardenoux, un commerçant habitué à Andrianampoinimerina, père de Radama, sur l’arrêt du trafic des esclaves vers les Mascareignes.

Pour cette raison, l’Angleterre après l’entrée de Radama à Toamasina en 1819 et son accord avec Jean René, chef des Betsimisaraka, Radama Ier est reconnu comme roi de Madagascar dont la souveraineté est reconnue sur toute l’île. Farquhar envoya à Antananarivo un « agent » anglais James Hastie qui amena avec lui deux instructeurs, Brady et un certain Craven. Ce dernier ne resta pas longtemps car en bizutant les futurs officiers de l’armée royale il fut renvoyé par Radama, ce fut un incident mineur mais c’est déjà un premier couac.

Brady nommé général en chef, ce jamaïcain a pris le contrôle de plusieurs territoires après que les populations ont demandé leur protection au roi Radama contre les pilleurs et autres dahalo de toutes sortes qui faisaient des trafics humains et de bovidés vers l’Afrique de l’est et la Réunion. Mais les relations entre les missionnaires tout puissants auprès du monarque et leurs compatriotes militaires ont été toujours tendues.

Malgré l’interruption de 26 ans durant le règne de Ranavalona Ière, interruption due au fait que les artisans de la LMS refusèrent de fabriquer de la poudre et des fusils pour la reine, mais non à l’introduction du Christianisme comme le raconte l’histoire officielle, la LMS influença la politique interne et surtout extérieure du royaume. Evidemment, cette prestigieuse mission refusera catégoriquement cela, mais il ne faut jamais oublier qu’elle s’opposa farouchement à l’arrivée de l’Eglise Anglicane, église officielle de la Grande-Bretagne, à Madagascar et les premiers ministres malagasy de l’époque ont dû jouer les arbitres en attribuant aux Anglicans les régions périphériques d’Antananarivo. Cette situation expliquera plus tard la légèreté avec laquelle la Grande-Bretagne abandonna Madagascar au profit de Zanzibar car la LMS ne représente nullement cette grande puissance ! Sans oublier que les rapports exécrables entre les hommes de la LMS et les militaires britanniques arrivés dans la grande île pour encadrer l’armée royale ont fait fuir ces derniers et laissa les militaires malagasy seuls avec leurs matériels, ce qui expliquera la défaite de 1895 face aux colonisateurs français.

En 1942 la Grande-Bretagne a fait, de nouveau, irruption dans la vie nationale en saisissant Madagascar aux mains des Français de Vichy. Cette opération baptisée Ironclad (cuirassé) a été évidement condamnée par les autorités de Vichy qui commandait Madagascar mais aussi par la France libre de De Gaulle. Prenant contrôle de Madagascar, le commandant en chef des troupes britanniques en Afrique de l'Est William Platt suggéra au pasteur Ravelojaona de gouverner civilement le pays mais ce dernier refusa. Cela a eu certainement un effet dans nos relations avec la Grande –Bretagne sans que nous accordions une importance !

Durant les évènements de 1947, certains insurgés ont répandu les rumeurs, comme quoi les Britanniques et les Américains noirs viendront secourir les Malagasy dans leur lutte pour recouvrir l’indépendance. John Morris, un officier anglais, arrivé à Madagascar durant l’opération Ironclad et qui n’a jamais quitté la grande île, est reconnu comme étant un agent des services secrets MI5, il fonda la société Socimex, mais on ne saura précisément ses relations avec les députés et autres patriotes malagasy, d’autant plus que ces derniers ont toujours déclaré leur attachement à une politique pacifiste de réclamation de l’indépendance, avec la conséquence désastreuse que l’on connait.

Entre 2002 et 2009 l’administration Ravalomanana est connu pour ses penchants américanophiles, mais à l’image des administrations du 19ème siècle, elle a jeté son dévolu sur la Banque Mondiale, institution financière internationale dominée par l’argent américain mais n’ayant aucun poids dans les relations internationales comme la LMS l’était au temps de la royauté malagasy. La Banque Mondiale ne représente nullement le gouvernement ni le milieu financier des USA et on connait la suite.

Et voilà maintenant que l’on acclame la visite d’un Président malagasy en Grande-Bretagne avec des soi-disant promesses d’investissements à Madagascar. Même si le cas d’Abraham Kingdom est maintenant aux oubliettes, cet ancien directeur de l’imprimerie d’Imarivolanitra converti dans la finance, qui a voulu fonder la première banque anglo-malagasy en 1887 et ayant été vertement renvoyé par Rainilaiarivony, sous prétexte que la France ne l’acceptait pas, a été aussi une ombre sur les relations entre les deux pays.

Notre président clame une politique diplomatique économique et ne se soucie guère de la réciprocité diplomatique, un président de la République qui va célébrer 200 ans de relations anglo-malagasy, mais pas reçu par la Première Ministre Britannique. Traduction de langue oblige, le président malagasy parle encore en français à l’interprète pour être traduit en anglais.

Il est sûr que les concrétisations seront difficiles, à moins que ce sera une porte ouverte à des investissements de la puissante communauté indo-pakistanaise en Grande-Bretagne dont La contribution dans l’économie britannique s’élève à plus de 31 milliards de livres (soit environ 36 milliards d’euros/37 milliards de dollars). Un renfort certain pour son homologue à Madagascar et une alternative à l’échec déjà annoncé de la Turquie. Mais pour ce qui est des vrais Britanniques : nuts… des noix, zéro pointé !

Anonymous

 

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