Bonne gouvernance: Une chimère, on fait croire construire du neuf avec du vieux

  • samedi, 09 septembre 2017 20:20
  • Tigre
  • Photos site de prélèvement de l'ancien pont à Antohomadinika transféré à Lohariandava

Le président de la République Hery Martial Rajaonarimampianina a inauguré un mois de cela la réhabilitation d’une portion du chemin de fer Tananarive-Côte Est (TCE) détruite par le passage du cyclone Enawo. Ces dégâts cycloniques ont isolés les populations de Lohariandava, Razanaka, Fanasana et Anivorano Est qui dépendent totalement de cette ligne TCE.

Un des 147 ponts ferroviaires a été entièrement mis hors d’usage par le cyclone au mois de mars dernier interrompant ainsi le trafic ferroviaire. Durant environ 5 mois, les habitants le long de la voie ferrée devaient parcourir plus d’une trentaine de kilomètres à pieds afin de rejoindre la route nationale (RN2) reliant Antananarivo à Toamasina, pour évacuer à dos d’hommes les produits de leur labeur ou pour rejoindre un hôpital.

La reconstruction du pont a été financée sur fonds propres de l’Etat pour un montant de 2 milliards d'Ariary, et les travaux ont été réalisés par la société OTI (Ouvrages et Travaux Industriels), en relation avec le Ministère des Transports et de la Météorologie.

Une évocation de l’histoire nous rappelle que c’est dans cette région, plus exactement à Anivorano que furent posés les premiers rails le 1er avril 1901, la ligne Antananarivo-Brickaville a été officiellement ouverte le 1er avril 1909. Le premier train est entré à Soarano alors que la gare (une copie de Lyon-Perrache) est en phase de construction et elle a été inaugurée un an après.

La ligne TCE a été entièrement achevée le 06 mars 1913. En 1944, a été constituée, la Régie Générale des Chemins de Fer d’Outre-mer pour desservir les réseaux nord (TCE, Moramanga-Lac Alaotra, Tananarive Antsirabe) et sud (Fianarantsoa-Manakara). 7 ans plus tard, janvier 1951, elle se transforma en Régie des Chemins de Fer de Madagascar (RCFM), un établissement à caractère individuel et commercial. Durant l’année 1974, l’Etat malagasy nationalise la RCFM et la dote d’un statut d’Entreprise Public à Caractère Commercial (EPIC) et en 1982 l’entreprise devient une Société d’Etat à part entière. Elle portera le nom de Réseau national des Chemins de Fer Malagasy (RNCFM).

Malheureusement comme toutes les sociétés d’Etat de la IIème République, le RNCM périclite, les rails ne sont plus entretenus et le matériel roulant est laissé à l’abandon. Durant plus de 10 ans les chemins de fer déraillent lentement avec des changements de formule sans fin. Certains observateurs affirment que la mise à mort du rail a été volontaire afin de faire profiter le transport routier.

En octobre 2002, le réseau ferroviaire a été mis en concession pour 25 ans, à la société Comazar appartenant au groupe Bolloré en octobre 2002 avec des possibilités de renouvellement par tranche tous les 10 ans. A cet effet, une société anonyme a été créé Madagascar Railways ou MADARAIL, qui prend en charge la gestion, l’exploitation des infrastructures et du patrimoine des chemins de fer malagasy selon la Convention de Concession de Gestion d’Exploitation du réseau Nord (TCE, MLA et TA).

Le montage financier a été comme suit : autofinancement MADARAIL (5,5 millions de dollars), prêts de banques commerciales malgaches (0,5 million de dollar), prêt provenant de la BEI (11 millions de dollars), prêt de l'État (20 millions de dollars). Ce dernier prêt qui a été accordé par la Banque Mondiale à l'État malagasy sera rétrocédé à Madarail pour le financement des travaux de réhabilitation des infrastructures ferroviaires du réseau Nord. Les infrastructures restent néanmoins la propriété de l'État malagasy.

Courant de l’année 2008, l’opérateur Belge Vecturis devient l’actionnaire majoritaire de Madarail. En 2011, Madarail Holding devient l'actionnaire majoritaire avec 75% du capital mais Vecturis demeure l'opérateur ferroviaire. Le 25% restant est détenu par l’Etat.

Comme il a été dit, les infrastructures demeurent propriétés de l’Etat, donc il se peut que c’est à lui de les réhabiliter ? Mais des indiscrétions sur les travaux de réparation nous relatent que beaucoup des matériaux utilisés à cet effet ont été prélevés sur d’autres lieux comme les rails posés sur l’ancienne voie utilisée pour le remblayage des 67 ha, du côté d’Antohomadinika.

Les Chemins de fer en utilisant le système à voie métrique francophone (écartement à 1m), comme son confrère du Viêt-Nam possèdent un stock incommensurable de fer et autres métaux destinés aux réfections des rails, ponts et matériels roulants. On ne peut pas dire qu’ils sont tous partis à la rouille ou transformer en brouettes et autres pelles (angady).

L’entrée en lice de Madarail à l’époque a mis en arrêt au trafic illicite des matériaux et explique ces individus écumant les rues de la capitale à la recherche de ferraille ! Finalement beaucoup trouvent un peu cher la facture de 2 milliards MGA de réhabilitations pour 65 km et un pont ! A quelques exceptions près comme les matériaux de construction (ciment, moellons, graviers) les autres ont été pris au sein même des chemins de fer, il n’y a eu que le prix du transport et la main d’œuvre. L’histoire sent l’enfumage et une possible surfacturation. Est-ce une des raisons qui a poussé Gervais Rakotoarimanana à la démission ?

Profitant de l’inauguration le Chef de l’Etat a promis la réhabilitation du centre de Santé de Base II de Lohariandava, la construction d’une bibliothèque et l’accès des jeunes à l’Internet donc on est déjà en pré-campagne électoral à 16 mois du scrutin. Rien n’arrête les hommes politiques pour rester au pouvoir, ils sont prêts à tout, aux oubliettes la bonne gouvernance ! Tu n’es qu’une chimère.

Anonymous

 

 

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