Juges audacieux

  • mercredi, 06 septembre 2017 20:13
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« La grandeur d’une Nation réside dans sa fidélité à la Constitution, dans le strict respect de la loi, et surtout dans la crainte de Dieu », a déclaré le président de la Cour Suprême du Kenya, David Maraga. Et ce à la suite de la décision historique du 1er septembre, en annulant les élections présidentielles du 08 août dernier et ordonnant la tenue de nouveau scrutin dans les deux mois.

Cette décision est consécutive à la saisine par l’opposant Raila Odinga qui dénonce des irrégularités durant le scrutin. Ainsi la plus haute instance judiciaire kenyane invalide la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta.

A la question de savoir si les élections ont été tenues dans les termes de la Constitution, la majorité des juges (5 sur 7) ont répondu par la négative. Ils considèrent que les irrégularités exposées par l’opposition ont eu un impact sur le résultat de l’élection. Ces résultats sont donc nuls et non avenus.

L’élection présidentielle avait été remportée par le chef de l'Etat sortant Uhuru Kenyatta avec 1,4 million de voix d'écart soit 54,27 % des suffrages contre 44,74 % pour Raila Odinga. Après l’annonce des résultats le 11 août des émeutes sont apparues, notamment dans les bidonvilles de Nairobi et à l'ouest du pays, réprimées violemment par les forces de l’ordre. Un bilan révèle un nombre de 30 morts et des centaines de blessés surtout dans les faubourgs de Nairobi.

Le 18 août, Raila Odinga dépose un recours pour annulation des élections devant la Cour Suprême et il a eu gain de cause. En 2013, la même Cour a rejeté la demande d’Odinga d’invalider les élections de cette année-là et beaucoup d’observateurs pensent que la Cour kenyane présentera le même verdict en faveur du président sortant.

Tout le monde a encore en tête les violences post-électorales de 2007, quand le même Odinga a refusé les résultats en faveur du président de l’époque.

Plus de 1500 morts et 300.000 déplacés ont été relevés et le Kenya a été plongé dans une longue crise politique qui a fallu l’intervention de ladite communauté internationale. Un accord fut trouvé et Raila Odinga est désigné premier ministre comme ce fut le cas au Zimbabwe entre Mugabe et son adversaire Tsivangerai. Pour éviter les mêmes problèmes en 2007 la communauté internationale (Union Africaine, Union Européenne, Nations Unies, Etats-Unis, France,…) n’ont pas hésité à faire pression et humilié Odinga en le forçant à reconnaître sa « défaite » face à Uhuru Kenyatta.

Les observateurs internationaux soulignent la bonne tenue du scrutin. « Le Kenya a effectué une remarquable démonstration de sa démocratie […] Ne laissons personne gâcher tout cela », menace John Kerry, à la tête de la mission de la Fondation Carter et ancien Secrétaire d’Etat du président américain d’origine kenyane Barack Hussein Obama.

De la Maison Blanche à l’Elysée en passant par le 10 Downing Street, les Occidentaux appellent Odinga à faire cesser les violences. Et en bon valets des Blancs, les chefs d’Etat d’Afrique centrale et ceux d’Afrique de l’Est félicitent à l’unisson Kenyatta pour sa réélection.

L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, jouant les médiateurs, négocie avec le candidat humilié en lui déclarant clairement : « le Kenya était la seule démocratie de la région et qu’on n’accepterait pas qu’elle sombre. »

Il est certain que la communauté internationale veut faire l’économie de l’envoi de forces d’interposition et surtout dépenser des sous pour de nouvelles élections donc elle tient absolument à intervenir dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Et comme cette soi-disant communauté internationale est majoritairement occidentale cette ingérence n’a qu’un seul nom le néocolonialisme. En prenant cette décision la Cour Suprême kenyane affirme sa souveraineté.

Mais qu’en est-il de nous ? La Haute Cour Constitutionnelle (HCC) aura-t-elle le même courage au cas où, en 2018 ? Afin d’éviter des troubles post-électorales des candidats seront-ils écartés ? D’ailleurs cela facilitera la tâche aux bailleurs de fonds occidentaux et leurs séides de mettre à la tête du pays un de leur valet et faire du scrutin présidentiel un simple référendum en humiliant une fois de plus la nation malagasy.

Il est fort possible que des affrontements apparaîtront à la suite de cet arrêt de la Cour Suprême, mais au moins l’honneur du Kenya est sauf et quel que soit le prix. L’honneur revient surtout aux intellectuels africains, qu’ils soient juges au Kenya ou tous ceux qui refusent les condamnations des responsables africains devant la Cour pénale internationale qui violent totalement la souveraineté des Cours de justice du Continent noir.

Où sont nos intellectuels ? Se couchent-ils face aux bailleurs de fond, au moins les Malagasy espèrent beaucoup du Syndicat des Magistrats de Madagascar (SMM) face aux injustices quasi-quotidiens que nous vivions en ce moment. Pour sortir ce pays de ce marasme il faut être des juges audacieux comme ceux du Kenya.

Anonymous

 

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