Insécurité : Une tradition ?

  • mardi, 21 mars 2017 21:10
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En l’an 1777 au mois d’août, un traitant français, Nicolas Mayeur, a rencontré le roi d’Antananarivo, Andrianamboatsimarofy, quelque part au sud de l’actuel Antsirabe. Ce dernier lui demanda pourquoi les commerçants vazaha ne viennent point dans sa capitale faire des affaires. La réponse de Mayeur est simple il y a trop de points d’insécurité entre les côtes et les hautes terres centrales.

A cette époque le banditisme est relié à la traite des esclaves qui ponctionnait la Nation Malagasy, plus particulièrement les habitants des hauts plateaux (Betsileo et Merina, parfois les Sihanaka). En plus des femmes et des enfants sont emmenées en captivité, soit en Afrique orientale ou dans les Mascareignes françaises (Réunion, Maurice et Seychelles), les hameaux et autres villages sont vidés des hommes et des …zébus.

Eh oui ! au plus tard le 18ème siécle, les fahavalo, dahalo et autres malaso (nom Malagasy donné aux bandes de brigands) saccageaient des régions entières afin de vendre leurs butins aux traitants arabes (Antalaotra) sur la côte ouest et français sur la côte est (Fénérive/Fenoarivo, Foulpointe, Tamatave).

Un auteur Malagasy, du nom de Rainitovo, citait dans son livre Antananarivo Fahizay (1905), les noms de quelques bourgs qu’il ne fallait pas traverser si on ne veut pas se faire voler et trucider, certains de ces endroits demeurent encore des zones rouges de nos jours ! Le pillage est la cause principale de la pauvreté de certains Malagasy à cette époque. Des « associations » entre étrangers et quelques chefs locaux ont reçu de la part des administrateurs coloniaux, transformés en historiens, le titre de « royaumes » dont les dirigeants s’enrichissaient en vendant leurs compatriotes !

Quelques-uns diront « c’est la mode de l’époque » ! Sauf qu'il y a eu des exceptions sur les hautes terres, pour ne parler que du 18ème siècle, l’arrivée d’Andrianampoinimerina au pouvoir a causé l’arrêt des entreprises de saccages sur la partie nord des Hauts-plateaux (Imerina).

La guerre civile durant la première moitié du 18ème, suite au partage du royaume d’Andriamasinavalona en quatre, a été en réalité induite par les étrangers (Arabes et Français) pour augmenter leurs « chiffres d’affaires » en trafic d’êtres humains et alimenter les colonies royales françaises en viande en provenance de Madagascar.

Cet arrêt des pillages en Imerina grâce à la politique vigoureuse d’Andrianampoinimerina a certainement attiré les autres clans des alentours (Imamo, Bezanozano, Sihanaka, Vakinankaratra) à se mettre sous sa protection.

Après sa mort, son fils Ilaidama a continué cette politique avec le pays Betsileo, Betsimisaraka,Sud-est, Boïna, …et transforma le royaume de l’Imerina en Royaume de Madagascar. Car ces régions ont envoyé vers lui des délégués lui demandant de devenir ses sujets tout en débarrassant leurs pays de chefs locaux complices de trafiquants vazaha.

L’administration coloniale (1895-1960) a changé la version de l’histoire afin d’instaurer le principe du diviser pour régner. Depuis nous avons tous oublié que c’est l’insécurité qui est à l’origine de notre pauvreté mais non le contraire.

Ces jugements populaires ici et là sont des réflexes communautaristes, un début de repli sur soi car on ne fait plus confiance à l’Etat et à ses institutions plus particulièrement les forces de l’ordre ainsi que la justice.

Derrière cette anarchie apparente de meurtres collectifs se cachent un désir d’équité. Peut-on dire que le peuple attend-il un nouveau Andrianampoina qui saura répondre au soif de justice qui les anime ?

Pour l’instant les Malagasy sont perdu (Ho Very ny Malagasy).

Anonymous

 

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