Tradition politique

  • lundi, 02 avril 2018 13:28
  • Anonymous
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En regardant de près la vie politique malagasy ainsi que l’histoire de cette Nation, les coups d’Etat font partie de nos habitus Politikè.

Rien que pour l’Imerina, l’arrivée au pouvoir de Ramboasalamarazaka est une des plus belles illustrations de ce Politiké qui est « l’art politique se référant à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir ». Ce membre de la famille royale de l’Avaradrano dont certains historiens d'antan réfutent l’origine princière est parvenu au pouvoir en mettant en exergue la cupidité, voire la tyrannie de son oncle maternel qui était le souverain en exercice.

Contrairement aux traditions orales (Tantaran’ny Andriana) tentant de préserver une continuité dynastique à Ambohimanga, les témoins du coup d’Etat ont été nombreux et certains ont même survécu jusqu’à l’arrivée de la démocratisation de l’écriture dans les années 1830, c’est-à-dire environ 50 ans après les faits. Le ou les premiers « historiens » malagasy de cette époque ont collecté les récits de cet événement ayant eu lieu vers 1778. Un adolescent de 15 à 17 ans au moment des faits aurait eu juste 67 ans quand il rapporta les péripéties de cette affaire politique, contrairement à ce que nous pensons, bon nombre de nos ancêtres atteignaient cet âge, ils vivaient bio !!! Sans oublier les traitants étrangers habitués à commercer avec l’Imerina.

Ils ont rapporté ce changement brusque de monarque dans l’Avaradrano dans leurs relations de voyage dans les Hautes terres centrales. Ramboasalama, plus connu sous le nom d’Andrianampoinimerina, était un homme riche du commerce des bovidés qu’il entretenait avec les marchands…français venant de Maurice (île de France) et de la Réunion (île Bourbon). La Bigorne fait probablement partie de ses connaissances ! 50 ans après (1828) sa famille a été elle-même victime d’un coup d’Etat, sa bru Ramavo (Ranavalona Ière) a été placée sur le trône au lieu et place d’un de ses petits-fils. Le prétexte a été une vague querelle de succession.

La famille directe de Nampoina a été décimée ou dispersée dans les 4 coins de l’Imerina. Le fils de Ranavalona Ière, Radama II, lui-même a disparu à la suite d’un coup d’Etat dont l’excuse a été l’entourage du roi déclaré comme corrompu et alcoolique ! A partir de là (1863) tout semblait se calmer quoique les enfants de Rainiharo se sont disputés le poste de premier ministre en 1868.

Enfin la Colonisation a mis fin a tout cela, mais la facilité avec laquelle les Français ont conquis Madagascar masquait un coup d’Etat déjà en marche contre Rainilaiarivony, premier ministre vieillissant. Mais ces changements brutaux de chef ne datent pas de la fin du 18ème siècle mais ces événements ont été mieux retenus car les Malagasy ont commencé à écrire.

L’irruption d’Andriamasinavalona, sur le trône de l’Imerina, est encore une illustration de cette pratique, le cadet chassant son aîné dans la région de Fenoarivobe sous prétexte que « Razakatsitakatra n’avait qu’un seul cœur, mais que lui Andriamasinavalona en avait deux !?? ».

Un ou deux siècles avant lui, on sait qu’un certain roi Ralambo aurait choisi son fils cadet Andrianjaka au détriment de son fils aîné Andriantompokoindrindra, en provoquant l’ire d’une partie des Zafimamy. Le prétexte futile, pour écarter ce prince fixé d’office à Ambohimalaza, est qu’il préférait le jeu du Fanorona plutôt que de rendre visite à son royal père !

La réalité est que les coups d’Etat sont une pratique habituelle dans la vie politique malagasy. En regardant de près les mouvements et autres agitations en ce moment, on sent qu’il se trame quelque chose et souvent, comme dans le passé, les coups d’Etat chez nous se déroulent dans les couloirs feutrés des …palais !

Les militaires, bras armés politiques deviennent l'instrument de répression, ou d’insurrection ou de révolution, c'est selon. Et à chaque nouveau régime, des officiers supérieurs reçoivent comme récompense les grades étoilés, au point où dans l'opinion, le grade d'un général est une récompense politique.

Tant que nous Malagasy sont calés en matière de Politikè, et que les élections, organisation et fond de propagande des candidats, sont financés par des étrangers, il n’y aura d’autre alternance que les coups d’Etat ! Et le Peuple recevra des tas de …coup !

Anonymous

 

 

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